France-Inter - 14 Décembre 2022 - revue de presse de Claude Askolovitch

On parle d'une chanteuse...

Que l'on n'entendait plus depuis vingt ans et dont la voix revient maintenant, et aussi dans Télérama son visage septuagénaire sillonné de rides -infiniment beau. Elle s'appelle Annkrist, de vrai Annick-Christine Le Goaer, fille de marin, qui il y a un demi siècle surgissait du quartier du Polygone de Brest, près des baraques où se mêlaient les oubliées des trente glorieuses, blousons noirs ouvriers gitans ; elle avait grandi au son des goualantes ouvrières, et dès son premier disque ‒ elle avait alors doux visage plein, robe à fleur, chant tellurique sorti du granit- elle chantait l'arsenal où la nuit se marre, et le port militaire, les gars des destroyers avec leur coeur qui coule, et une prison de femme, la prison 101...

Et ce chant de prison, les hommes à la Santé à Paris le reprirent à leur compte et l’entonnèrent en révolte au point que l'admnistration finit par l'interdire...

Annkrist, de folk et de blues, portait le renouveau de la Bretagne et toutes les protestations, Libération disait de son disque, qu'il était « si beau qu’il devrait reposer auprès de chaque matelas, des couvertures indiennes, des nuits qui s’étirent », j'ai retrouvé ces mots sur le site du journal très à gauche Lundi Matin, qui a aussi retrouvé un texte d'Annrist en 1979 , qui rappelait ceci : « Qui dort dîne et qui chante combat »…

Elle avait disparu après un dernier concert en 2003, oubliées par des temps qui ne lui ressemblaient plus, Mais AnnKrist avait laissé des traces, et notamment dans le coeur d'un journaliste du Canard enchainé Jean-Luc Porquet, qui se se remettait pas de ne l'avoir jamais vu chanter en vrai et qui l'a retrouvée, elle qu'il compare pour ses fêlures à Colette Magny a-t-il dit à Ouest-France, le papier est en ligne, et qu'il a convaincue de la laisser ressortir ses chansons : trois CD nous viennent, tandis qu'un autre épris, le poète Jean-Claude Leroy, a rassemblé les textes d’Annkrist dans un livre...

Et ce jour où nos journaux débordent de sève de jeunesse de ballon... Ce destin d'artiste s'impose à moi. Et puis aussi ceci : au jeune temps de sa gloire, Annkrist, venant de Bretagne pour etre interviewée, ici, à France inter, avait été victime d'un grave accident de la route qui avait coupé sa carrière en deux  nous nous devons cela.

À écouter ici :

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-revue-de-presse/la-revue-de-presse-du-mercredi-14-decembre-2022-7040715